En savoir plus sur les réflexes archaïques

Leur prise en compte est capitale pour le développement de l’enfant mais encore peu de professionnels le savent. Un réflexe archaïque est une réponse globale “automatique” à un stimulus sensoriel. Les réflexes archaïques sont ces mouvements inconscients, présents au moment de la naissance et nécessaires pour faciliter les mouvements intra-utérins, la naissance et les premières étapes du développement moteur. Capitaux pour les premiers mois et premières années de la vie, ils doivent ensuite cesser de prédominer (on dit qu’ils s’intègrent) pour que l’enfant se développe harmonieusement. En effet, au fur et à mesure que l’enfant grandit ses réponses aux stimuli doivent s’affiner, devenir de plus en plus adaptées, ciblées, détaillées. Si les réflexes archaïques persistent, ils parasitent la réponse adaptée et gênent le développement de l’enfant.

Exemple : le réflexe tonique asymétrique du cou

Âge de présence du réflexe : 0 à 2 mois

Âge auquel il s’intègre : 4 à 6 mois

Déclencheur : tête tournée de coté

Réponse : le bras et la jambe se tendent du coté où la tête est tournée (extension)- le bras et la jambe du coté opposé se plient (flexion)

Utilité : prépare au développement de la coordination œil-main, procure de la stimulation vestibulaire, modifie la distribution du tonus musculaire

Influence de la présence du réflexe sur le développement moteur du bébé :  peut impacter la capacité à rouler sur le côté, à coordonner l’action des deux mains dans l’axe médian du corps, à porter et maintenir son regard sur un objet qui est tenu, à maintenir son équilibre ; il peut aussi impacter le ramper et/ou le 4-pattes ; le bébé perd l’équilibre et tombe quand il tourne la tête ; frustrant et fatigant.

Influence de la présence du réflexe sur la petite et moyenne enfance : les éléments précédents vont altérer la capacité de l’enfant à individualiser les parties de son corps, à les mobiliser séparément ; cela affecte également sa capacité à moduler sa force, et en conséquence altère la précision du geste.

Cet enfant-là peut s’assoir de façon asymétrique sur sa chaise, et ses mouvements involontaires peuvent parasiter son attention, déranger les objets sur la table et ceux qui sont assis à coté de lui. L’enfant est moins apte à se conformer aux demandes spécifiques d’une tache, il a du mal à combiner plusieurs actions simultanées : par ex, pour regarder ce qui se passe devant lui en maintenant sa tête stable, pendant qu’il fait quelque chose avec ses mains.

Ecrire demande des mouvements fins, précis et coordonnées de plusieurs parties du corps en même temps : si le RTAC est présent, chaque fois que l’enfant tourne sa tête, un bras aura un mouvement de flexion et l’autre d’extension. Cela compromet l’utilisation du crayon d’un côté et la stabilisation de la feuille de l’autre. L’enfant pourra essayer de compenser cette instabilité par une préhension inadéquate, son écriture sera malaisée, source de frustration et le résultat décevant voire illisible. Copier d’un modèle ou du tableau est encore plus difficile, à cause des mouvements répétés de la tête et la dissociation nécessaire entre les mouvements des yeux et ceux de la tête. A noter que proposer un ordinateur ne règle pas le problème car il lui est difficile de maintenir ses 2 mains sur le clavier, bien positionnées dans l’axe médian du corps.

Quand il découpe, l’enfant a tendance à se positionner latéralement, à serrer de façon exagérée son papier dans une main, peut manquer de force sur les ciseaux, le tout affectant la précision de son geste, sa vitesse d’exécution, et son autonomie. toutes les activités de la vie quotidienne demandant précision et coordination œil-main et les 2 mains peuvent être compliquées : boutonner sa chemise, faire ses lacets, jouer d’un instrument…

La lecture peut être impactée parce que pour lire il faut des mouvements rapides et fluides des yeux, mouvements dissociables de ceux de la tête. lorsque le reflexe est mal intégré l’enfant peut avoir du mal à chercher, localiser, maintenir le fil du texte.

La présence non intégrée du RTAC peut entrainer une démarche mal contrôlée, avec un corps qui suit les mouvements de tête. Quand il court, cet enfant n’a pas les mouvements de balancement fluide des bras, le réflexe peut se déclencher dès que l’action demande plus de force et d’endurance ce qui ralentira sa course ; on imagine aisément les conséquences sociales et sur l’image de soi à l’âge où l’enfant se compare à ses pairs.

Que peut-on faire ?

Au-delà de la consultation avec votre thérapeute préféré qui s’est formé aux réflexes archaïques et pourra tester lesquels sont persistants, voici quelques idées à inclure dans le quotidien de votre enfant. Ces conseils sont généraux et ne travaillent pas spécifiquement sur le RTAC, mais favorisent une meilleure répartition des appuis, des équilibres entre les groupes musculaires, préparent le terrain pour les activités de motricité fine. et puis faciles à incorporer dans le quotidien une fois qu’on en a compris l’importance.

  • être couché sur le ventre pour lire ou jouer, au sol, sur un ballon, un coussin, une balançoire, une planche à roulettes…
  • se mettre en boule
  • rouler pour descendre la colline
  • couché sur le coté pour dessiner, lire ou jouer
  • s’assoir sur le coté
  • et aussi : marcher à 4-pattes, faire la brouette, se tenir accroupi…

 

Au fond c’est passer plus de temps au sol qu’assis sur une chaise, lorsqu’on en a la possibilité. n’est-ce pas ce que les enfants nous demandent ?

Autre bonne nouvelle pour ceux et celles qui souhaitent monter en compétence dans ce domaine passionnant, les formations aux reflexes archaïques sont dynamiques, variées et ouvertes à tous.

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 Par Isabelle Babington -Ergothérapeute